Depuis le début de la décennie, la lutte contre le changement climatique a placé le bâtiment au cœur de la stratégie énergétique française : il consomme près de la moitié de la consommation d’énergie nationale et représente la même proportion des émissions de CO₂.
Les pompes à chaleur sont aujourd’hui le levier le plus efficace pour remplacer les chaudières à gaz ou fioul.
Entre 2025 et 2026, le gouvernement a publié une série d’annonces qui s’articulent autour de quatre piliers :
- La révision du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) pour mieux valoriser le chauffage électrique.
- La continuité du plan « 1 million de PAC » avec un objectif chiffré et un dispositif d’accompagnement technique.
- Le conditionnement des aides publiques aux PAC « Made‑in‑Europe » et à haute performance environnementale.
- Le renforcement du contrôle qualité et création d’un Centre d’Expertise de la Pompe à chaleur (CEPAC).
Un DPE repensé : le coup de pouce fiscal aux PAC
Avec l’arrêté du 13 août 2025, le gouvernement a modifié le facteur de conversion de l’électricité utilisé dans le calcul du DPE. Celui-ci pénalisait les systèmes électriques (coefficient élevé), ce qui était normal pour les radiateurs grille-pains mais injuste pour les systèmes modernes et performants. Le nouveau coefficient réduit la pénalité, les propriétaires voient la classe énergétique de leur logement s’améliorer sans travaux supplémentaires, ce qui augmente la valeur du bien et facilite la location.
Tous les DPE édités avant 2025 restent valables, mais ils peuvent être mis à jour gratuitement en ligne via le portail de l’ADEME, évitant une nouvelle visite du diagnostiqueur .
Même si ces modifications auront des conséquences sur les sauts de classes énergétiques et donc sur les montants des aides allouées, cela incitera les propriétaires à remplacer leurs chaudières à gaz ou fioul par un système plus performant et moins polluant.
Le plan « 1 million de pompes à chaleur »
Après quelques interrogations sur la volonté du gouvernement de persévérer dans cette voie, ce plan a été confirmé et prévoit donc 1 million de PAC installées d’ici 2027, soit environ 250 000 unités par an.
Pour y parvenir plusieurs instruments ont été annoncés :
CEPAC (Centre d’Expertise de la Pompe à chaleur), plateforme d’assistance aux artisans, bureaux d’études, collectivités ou encore bailleurs et promoteurs qui y trouveront de la documentation, des fiches techniques, des guides techniques et encore une carte présentant des exemples de réalisations exemplaires utilisant les solutions de pompes à chaleur.
Un renforcement des contrôles sur l’utilisation des CEE. Le taux de contrôle, sur site ou à distance, des PAC bénéficiant des Certificats d’Économies d’Énergie devrait passer à 50 %.
Incitations à la production nationale par un soutien à l’ouverture ou à l’agrandissement d’usines françaises afin de garantir la capacité nécessaire. La filière employant environ 27 000 personnes, cela pourrait générer plusieurs milliers de postes supplémentaires dans la fabrication et l’installation.
Des aides publiques réservées au « Made‑in‑Europe »
Pour inciter à la «relocalisation» de la chaîne d’approvisionnement, le ministre Bruno Le Maire a annoncé que seules les PAC fabriquées en Europe seront éligibles aux principales aides : MaPrimeRénov’, Certificats d’Économies d’Énergie. Les constructeurs français ou les ayant des usines en Europe voient leurs parts de marché renforcées.
Cela pourrait rassurer les propriétaires sur la durabilité des installations.
En parallèle, il a été aussi annoncé une facilitation de l’installation sur toits d’immeubles grâce à une dérogation aux plans locaux d’urbanisme (PLU).
Un cadre complet pour la décarbonation du bâtiment
Ces dernières annonces gouvernementales constituent un véritable plan d’action intégré : elles alignent la fiscalité (DPE), les incitations financières, la régulation industrielle et le suivi qualité.
Si les objectifs sont atteints, la France pourrait non seulement dépasser le million de PAC installées avant 2027, mais aussi accélérer la sortie du gaz du parc résidentiel et contribuer de façon décisive à la neutralité carbone nationale d’ici 2050. Reste à voir si le budget alloué aux aides sera suffisant et s’il n’y aura pas de cafouillages comme à la fin de 2025.
La prochaine décennie pourrait être celle où l’on verrait la pompe à chaleur devenir la norme, et non plus l’exception. Le cadre législatif, les incitations ciblées et le soutien à l’industrie française créent les conditions idéales pour que cette transition se réalise rapidement, de manière fiable et surtout, décolonisée. Il faut espérer qu’il n’y aura pas de changement de cap.