Aides pompes à chaleur 2026 : panorama des dispositifs et des changements



Le contexte énergétique français en 2026

La France traverse une période charnière dans sa transition énergétique. Alors que le pays peine à respecter ses engagements climatiques européens — notamment la neutralité carbone à horizon 2050 et la réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 — la rénovation thermique du parc immobilier apparaît comme un levier incontournable. 

Avec plusieurs millions de passoires thermiques recensées selon le ministère de la Transition écologique, l'urgence est double : réduire la facture énergétique des ménages tout en décourageant les énergies fossiles. C'est dans ce contexte que les pompes à chaleur (PAC) occupent une place centrale dans la stratégie nationale. Et d'un point de vue purement quantitatif, le bilan n'est pas négligeable : avec environ 528 000 unités vendues en 2025, selon les données de l'Association européenne des pompes à chaleur, la France conserve sa position de premier marché européen de pompes à chaleur résidentielles, devant l'Italie (423 000 ventes). Plus en détail, une étude publiée par Observ'ER dénombre pour la même année 759 500 PAC air/air et 181 750 PAC air/eau vendues sur le territoire national. 

 

Un marché français en décrochage tandis que l'Europe repart

Ces chiffres solides appellent toutefois une nuance majeure. Car derrière ces volumes absolus, la dynamique française est inverse à celle de ses voisins européens. Alors qu'en 2025, les ventes de pompes à chaleur résidentielles ont progressé de 11 % en moyenne dans seize pays européens - passant de 2,38 millions d'unités en 2024 à 2,63 millions - la France fait figure d'exception.L'année 2024 avait déjà été rude : selon les données compilées par le Service de la donnée et des études statistiques (SDES) du ministère, les ventes annuelles de pompes à chaleur individuelles avaient chuté de 19 % par rapport à 2023, tombant sous la barre du million d'appareils.

Cette baisse faisait elle-même suite à un recul de 5 % entre 2022 et 2023. Le pic historique de 2022, où le marché avait culminé à environ 621 000 unités, semblait déjà loin. En 2025, la tendance s'est stabilisée sans véritablement redémarrer. Le Syndicat national des entreprises de maintenance en génie climatique (Synasav) relève que les ventes aérothermiques sont restées quasi stables (+0,3 %), avec une timide hausse pour le air/eau (+0,6 %) et une tendance très molle pour le air/air (+0,2 %). L'EHPA, de son côté, classe la France parmi les quatre pays européens encore en recul sur l'année, aux côtés de la Pologne.

Les causes identifiées par ces organismes professionnels convergent : modification des dispositifs nationaux d'aide à la rénovation, hausse du coût de la vie et prix de l'électricité souvent supérieurs à ceux du gaz. Une analyse que partage l'EHPA, qui souligne que « les pays ayant maintenu des politiques publiques stables et agi sur le coût de l'électricité sont ceux qui affichent les meilleures performances »  citant en exemple la Belgique (+7 %, portée par une TVA réduite et des restrictions sur le fioul) et le Royaume-Uni (+27 %, soutenu par un dispositif d'aide stable baptisé Boiler Upgrade Scheme). 

 

Les changements récents, une réforme en profondeur 

C'est précisément cette « instabilité des dispositifs d'aide » pointée du doigt par les professionnels qui constitue le cœur du problème. L'année 2025 marque une rupture dans l'accès aux aides publiques.

Dès le 1er janvier, le dispositif MaPrimeRénov', pilier de la politique énergétique française depuis 2020, a introduit une restriction majeure : l'exclusion des pompes à chaleur air/air installées en tant que geste unique. Cette décision, inscrite dans la loi de finances pour 2025, vise à orienter les financements publics vers des projets de rénovation énergétique d'ampleur plutôt que vers des remplacements ponctuels d’équipements. Parallèlement, plusieurs autres évolutions structurent désormais le paysage des aides :


Date Évolution Impact
1er janvier 2025 Exclusion PAC air/air « geste simple » de MaPrimeRénov' Restriction majeure de l'accès aux subventions
1er janvier 2026 Ancienneté minimum de 15 ans pour MaPrimeRénov' Nouveau critère de sélection des logements éligibles
1er janvier 2026 Nouveau coefficient DPE favorable à l'électrification Valorisation accrue des systèmes électriques performants
Cycle triennal 2024-2026 Révision des montants CEE et bonus « Coup de pouce » Adaptation des primes énergies aux objectifs climatiques

Le air/air moins cher à l’installation mais moins favorisé

La technologie est devenue un critère déterminant dans la stratégie de financement d'un projet de rénovation. 

Les PAC air/eau bénéficient d'une éligibilité large à MaPrimeRénov', avec des montants pouvant atteindre 5 000 € pour les ménages très modestes (dans la limite de 12 000 € de dépense) selon les barèmes officiels publiés par l'ANAH et le ministère de l'Économie. Elles peuvent également prétendre à la prime « Coup de pouce Chauffage » dans le cadre des Certificats d'Économies d'Énergie (CEE).

Les PAC air/air, en revanche, voient leur accès à MaPrimeRénov' drastiquement restreint depuis janvier 2025. L'ANAH ne les reconnaît pas comme équipements de chauffage éligibles au parcours « par geste ». Elles peuvent toutefois bénéficier de la prime CEE (jusqu'à environ 975 € selon les fournisseurs), la TVA réduite à 5,5 % et l'éco-prêt à taux zéro.

Ce changement a des conséquences concrètes sur le reste à charge des ménages. Une installation air/eau peut ainsi voir son coût initial sensiblement réduit grâce aux cumuls de primes, tandis qu'une installation air/air seule devra souvent s'appuyer uniquement sur la prime CEE et le prêt à taux zéro pour amortir l’investissement. Ceci dit, il faut garder à l’esprit qu’une installation air/eau est bien plus onéreuse.

 

Exceptions technologiques : le cas du Daikin Multi+

Le paysage n'est pas entièrement binaire. Depuis 2022, le fabricant Daikin commercialise le Multi+, un système 3-en-1 (chauffage + climatisation + eau chaude sanitaire) qui brouille la frontière traditionnelle entre PAC air/air et air/eau. Alors qu'une PAC air/air classique ne produit pas d'eau chaude sanitaire, le Multi+ intègre un ballon d'eau chaude (90 à 230 litres) alimenté par les calories captées dans l'air extérieur, le tout depuis un seul groupe extérieur.

Cette innovation, renouvelée et enrichie en 2025, prend tout son sens dans le contexte de l'électrification du parc immobilier français : le système est particulièrement adapté au remplacement des radiateurs et chauffe-eau électriques dans les logements résidentiels (jusqu'à 3 personnes) et le petit tertiaire. Selon Daikin, jusqu'à 80 % de l'énergie thermique produite proviendrait de l'air extérieur, réduisant d'autant la consommation d'électricité.

Sur le plan administratif, le statut du Multi+ est clair et tranché : bien qu'il s'agisse d'une PAC air/air, il est explicitement éligible à MaPrimeRénov' dans le cadre du parcours accompagné (rénovation globale), ainsi qu'aux Certificats d'Économies d'Énergie (CEE), comme l'indique le site officiel de Daikin France. Cette éligibilité s'inscrit dans la logique générale post-réforme 2025 : la PAC air/air n'est plus éligible au parcours « par geste », mais le reste dans un projet de rénovation d'ampleur combinant plusieurs travaux.

Ce cas illustre que la réforme de 2025, en excluant l'air/air du parcours « par geste », n'a pas prévu de place aux systèmes innovants : Ils ont le même statut qu’une PAC air/air basique, alors que leur capacité à produire de l'eau chaude sanitaire en fait un atout pour atteindre le gain requis de 2 classes DPE.

 

Pour approfondir : les dispositifs d’aides en 2026


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